
La Cité de l’Automobile de Mulhouse est la plus grande collection exposée, avec le plus grand nombre de Bugatti (plus de 100) dont des Royale. C’est aussi une superficie de 20 000 m² réservée aux fleurons de l’automobile, depuis la création jusqu’aux bolides d’aujourd’hui. Cette collection, regroupée par deux frères, est aussi l’oeuvre de magouilles…
L’ascension des frères Schlumpf
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Les protagonistes : Fritz et Hans Schlumpf, deux frères d’origine suisse, reprennent en 1935 une filature en difficulté à Malmerspack. Sous l’influence de leur mère, ils bâtissent un empire textile à Mulhouse (Alsace) employant jusqu’à 3000 personnes durant les Trente Glorieuses.
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Un régime féodal : les frères gèrent leur usine et le village de manière paternaliste et autoritaire. Ils possèdent tout : les logements, l’hôpital et même une monnaie interne pour les ouvriers.
L’obsession secrète de Fritz
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Une passion Bugatti : Fritz développe une obsession pour la marque de Molsheim, le siège de Bugatti, aussi en Alsace. Il met en place un réseau de « rabatteurs » dans toute l’Europe pour racheter des voitures de luxe souvent destinées à la casse.
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Schlumpfville : il transforme secrètement une ancienne usine de Mulhouse en un sanctuaire de 17 000 m². Des dizaines d’artisans d’élite y restaurent les voitures à neuf, payés par l’entreprise textile sans que les ouvriers ne le sachent.
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Des pièces uniques : la collection compte 437 véhicules, dont trois des six exemplaires mondiaux de la légendaire Bugatti Royale.
La chute et la découverte du trésor
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La crise textile : dans les années 70, le choc pétrolier et la concurrence asiatique font vaciller l’empire. Au lieu de moderniser les usines, l’argent a été englouti dans la collection.
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La révolte : en 1976, après 2000 licenciements sans indemnités, les ouvriers assiègent la villa des Schlumpf. Les frères s’enfuient en Suisse sous escorte.
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Le « Musée des Travailleurs » : le 7 mars 1977, les syndicats forcent les portes du hangar secret de Mulhouse et découvrent avec stupeur le trésor. Ils ouvrent alors le lieu au public pour dénoncer l’injustice sociale.
L’héritage
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Nationalisation : pour éviter que la collection ne soit vendue et dispersée à l’étranger, l’État français la classe monument historique en 1978. Elle est rachetée à bas prix (44 millions de francs alors qu’elle en valait 300) pour devenir l’actuelle Cité de l’Automobile de Mulhouse.
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Une fin amère : les frères Schlumpf meurent en exil en Suisse, convaincus d’avoir été spoliés. L’histoire retient d’eux qu’ils furent de « mauvais patrons » mais des « bienfaiteurs involontaires » du patrimoine français.




































